Humeur. - À New York, les pizzas et les hot dogs sont sacrosaints, mais les bagels le sont davantage encore. Cynthia Nixon, célèbre actrice de Sex & the City et candidate au poste de gouverneur de l'État, en a fait l'expérience amère.
Ce croissant de pain troué au milieu, issu de la tradition juive, a investi le champ politique américain. En campagne pour devenir gouverneure, Nixon a provoqué une frénésie de commentaires en choisissant, selon les puristes, le mauvais bagel pour son saumon fumé. Les choix culinaires, comme le dirait le philosophe Jacques Derrida, sont révélateurs. Voici son histoire.
Bataille des assaisonnements
La nourriture est devenue un champ de bataille où l'identité culturelle s'exprime. Qui n'a pas débattu sur l'importance des choix alimentaires : végétarien ou omnivore, bio ou industriel ? Aujourd'hui, même les petits détails comme un assaisonnement peuvent être l'objet de controverses.
Dans ce climat, un simple choix culinaire peut devenir explosif. Dans certains campus, des plats censés célébrer une culture spécifique peuvent soulever la controverse. Par exemple, des sushis mis au menu pour honorer la culture japonaise ont été accusés par des étudiants d'origine asiatique d'être une forme de ségrégation alimentaire.
Le faux pas de Cynthia Nixon
Le « crime » de Cynthia Nixon ? Avoir demandé un bagel à la cannelle avec son saumon, un choix jugé inacceptable par certains. Les critiques l'accusent d'avoir préféré une option sucrée à un bagel traditionnel. Cette situation rappelle l'affaire de George McGovern, qui avait été rejeté par les électeurs pour avoir commandé un hot dog casher avec du lait. Plus récemment, le maire Bill de Blasio avait suscité des railleries en mangeant une pizza avec des couverts. À New York, la gastronomie italienne et juive est presque sacrée.
La situation s'est aggravée lorsque certains ont interprété son choix comme un acte antisémite, en raison de la coïncidence avec les fêtes juives. Nixon aurait donc délibérément choisi un bagel non orthodoxe pour son saumon. Derrida aurait eu matière à explorer cette nouvelle cartographie culinaire.
Une rébellion délicieuse et réfléchie
À cette controverse s'est ajoutée une dimension de sexisme. Chaque choix d'une femme, en matière de goût, peut rapidement devenir objet de moquerie. Selon le New Yorker, le geste de Nixon ne serait pas une ignorance, mais une affirmation confidentielle de son goût personnel. Une violation créative des normes gastronomiques dans une expérience sucrée-salée, tout en étant délicieuse et audacieuse.







