À l'occasion de la Journée des Droits des femmes, quatre chefs et un journaliste partagent leur vision sur le rôle croissant des femmes dans l'avenir de la gastronomie.
En 2015, une enquête du Crédoc révélait que 93 % des femmes en couple géraient quotidiennement la cuisine, mais elles restent sous-représentées dans les grandes cuisines professionnelles. En effet, seules 25 % des cuisiniers sont des femmes, et à peine 10 % d'entre elles se consacrent à la haute gastronomie.
En 2017, parmi les 616 restaurants récompensés par le guide Michelin, seules 16 tables étaient dirigées par des femmes. Anne-Sophie Pic émerge comme l'exception dans le cercle très fermé des chefs trois étoiles, tandis que Fanny Rey se distingue parmi les nouveaux étoilés. Qu'est-ce qui explique cette disparité? Cédric Grolet, Jocelyn Herland, Jonathan Wahid, Éric Frechon, ainsi que le journaliste Franck Pinay-Rabaroust, apportent leurs éclairages.
Un milieu en pleine transformation
La lutte contre le sexisme en cuisine semble progresser. Jonathan Wahid, chef pâtissier, note qu’il n’a pas rencontré de réflexions sexistes depuis les années 1990. Cédric Grolet évoque une pâtisserie plus féminine, et Éric Frechon se réjouit qu'il y ait déjà dix ans un tiers de femmes dans sa brigade. Pour Jocelyn Herland, les mentalités changent, et les jeunes apprentis se forment dans un environnement de mixité croissante.
Cependant, le journaliste Franck Pinay-Rabaroust souligne que la profession conserve des codes masculins. Les conditions de travail restent ardues, et certains témoignages révèlent encore des tests de résistance imposés aux femmes. Malgré cela, l'avancée est palpable.
La montée en puissance des chefs femmes
Des figures emblématiques comme Hélène Darroze et Anne-Sophie Pic montrent que les femmes s'imposent dans la gastronomie. Cédric Grolet, meilleur chef pâtissier 2016, observe que les femmes apportent une finesse et une elegance précieuses dans la cuisine. Jonathan Wahid soutient que même si les généralités sont délicates, il note souvent une sensibilité différente dans leur travail.
Toutefois, la question demeure : pourquoi si peu de femmes aux commandes des grandes cuisines? Jocelyn Herland insiste sur les sacrifices que requiert cette profession, pouvant freiner des femmes désireuses de fonder une famille. D'autres, comme Fanny Rey, réussissent à équilibrer vie professionnelle et privée, souvent en s'appuyant sur leur famille.
Enfin, divers points de vue se rejoignent sur l'idée que la mixité en cuisine est bénéfique. Jocelyn Herland affirme que le mélange des sexes favorise un climat de travail harmonieux, tandis qu'Éric Frechon renforce cette idée en soulignant que la diversité des équipes engage une émulation constructive. Jonathan Wahid conclut que la cuisine transcende le genre, et que son essence vient des tripes, sans distinction.







