Depuis des siècles, les superstitions s'immiscent dans notre quotidien. À table, leur impact est parfois surprenant. Éclaircissements avec Éloïse Mozzani, historienne des traditions populaires.
Faut-il s'inquiéter de renverser du sel ? De croiser des couteaux, un acte qui pourrait engendrer des disputes, ou encore de retourner le pain, un signe de malchance ? Les superstitions nous accompagnent depuis toujours et façonnent des comportements variés. Pour certains, elles sont essentielles, tandis que d'autres les considèrent comme des vestiges d'un passé révolu. Les superstitions à table méritent donc d'être explorées, comme le souligne Éloïse Mozzani, spécialiste des traditions populaires et autrice de Le livre des superstitions et Légendes et mystères des régions de France.
Le pain à l'envers : un signe de malheur
L'historienne Éloïse Mozzani explique que, dans le passé, les boulangers distinguaient le pain destiné au bourreau en le plaçant à l'envers, l'associant ainsi à la mort et à la malchance. Ce croyance perdure car il y a toujours quelqu'un pour remettre le pain à l'endroit, un geste empreint de superstition. De même, dans la tradition catholique, couper le pain est considéré comme blesser le Christ, d'où l'habitude de le rompre.
Le trinquer aux yeux
La journaliste Laurence Caracalla, dans son livre Aux origines des 100 superstitions qui hantent ou réjouissent notre quotidien, évoque une tradition médiévale qui demande à trinquer en se regardant dans les yeux. Cela prévenait les tentatives d'empoisonnement. Éloïse Mozzani rappelle qu'il est opposé de croiser les verres lors d'un toast. Cette action pourrait attirer de mauvais présages.
Ne pas croiser les couteaux
Bien que l'origine de cette croyance reste floue, croiser des couteaux serait synonyme de querelles. Au Moyen Âge, le terme "croiser le fer" signifiait s'affronter, et cette superstition aurait la même connotation. Ainsi, la mise en garde est simple : évitez de croiser vos couverts.
Renverser du sel : une malédiction ancienne
Relativement ancien, renverser du sel est perçu comme un pourboire à la malchance. À une époque où le sel était essentiel pour la conservation des aliments, le gaspillage pouvait être sévèrement puni. De plus, dans certaines cultures méditerranéennes, remplacer le sel par de l'huile d'olive suit la même logique.
L'ail comme talisman
L'ail, reconnu pour son odeur repoussante, a longtemps été utilisé contre les mauvais sorts. Ses propriétés médicinales ont également fait de lui un indispensable dans le répertoire des guérisseurs du passé.
Dîner à 13 : un risque pour l'âme
Organiser un repas à 13 convives est mal vu, notamment en raison de la légende de la Cène. Pour éloigner la malchance, il est habituel d'ajouter un couvert supplémentaire. Une astuce ancienne, évoquée aussi par Laurence Caracalla, qui illustre que le nombre de convives était souvent lié à la vaisselle disponible.
Offrir un couteau : un lien à briser
Quand on offre une lame, cela représente un danger pour l'amitié. Pour contrer ce présage, la coutume exige que le destinataire échange la lame contre une pièce de monnaie, préservant ainsi le lien d'amitié intact.
Renverser du vin : un signe de prospérité
Renverser du vin est perçu comme un augure positif, évoquant les festins du Moyen Âge. Mais attention : même si cela est synonyme de chance, peu d'hôtes apprécieront un désordre sur leur table.
(1) Légendes et mystères des régions de France, Éloïse Mozzani, éditions Robert Laffont.
(2) Aux origines des 100 superstitions qui hantent ou réjouissent notre quotidien, Laurence Caracalla, Le Figaro Éditions.







