Pour mettre un terme à l’éternelle question du dîner, l’intelligence artificielle se propose de composer le repas à notre place. Derrière cette simplicité tentante, une docteure en nutrition nous éclaire sur les promesses et les risques de ce réflexe moderne.
«Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?» Cette question redoutée semble appartenir à un passé lointain. En effet, ChatGPT et d’autres intelligences artificielles promettent de simplifier la composition de nos menus. Un simple «donne-moi une idée de repas simple et équilibré» suffit à générer de nombreuses recettes originales. Toutefois, est-il sage de laisser un algorithme guider nos choix culinaires ? Peut-il véritablement concocter des plats à la fois sains et délicieux ? Comment distinguer l’utile du dangereux ?
Le retour à la cuisine maison
L’IA en cuisine agit comme un sous-chef virtuel à disposition 24 heures sur 24. «Pour ceux qui n’ont jamais appris à cuisiner, ces outils peuvent s’avérer très utiles», explique Marie-Christine Boutron-Ruault, docteure en nutrition et chercheuse émérite à l’Inserm. «Ils offrent des menus qui font gagner du temps, tant au supermarché qu’en cuisine, et présentent parfois des aliments que l’on n'aurait jamais envisagés», ajoute-t-elle.
Mieux encore, l’IA favorise un retour à la cuisine maison, loin des plats industriels. «C’est un cercle vertueux. Plus on y adhère, plus on s’y intéresse, conduisant à une plus grande indépendance en cuisine», souligne-t-elle.
Les limites de l'IA en cuisine
Cependant, il convient de ne pas sous-estimer les limites des assistantes virtuelles. Elles manquent souvent de discernement sur des aspects essentiels comme la saisonnalité des produits et les spécificités locales. «Par exemple, si l’IA recommande du pain complet, elle omet souvent le fait que certains de ces produits pourraient contenir davantage de pesticides et devraient être choisis bio», précise Boutron-Ruault.
L’IA ne connaît que ce que l'on lui fournit. «Plus nous donnons d'informations– préférences, budget, capacités culinaires, antécédents médicaux – plus les recommandations seront pertinentes. Or, beaucoup d'utilisateurs oublient d’être précis, ce qui peut mener à des recommandations compliquées et décourageantes», admet-elle. Ainsi, l’IA peut devenir une source de stress plutôt qu’un outil d’aide.
Attention aux jeunes et aux troubles alimentaires
Un autre risque sous-jacent est l’orthorexie, cette obsession de l’alimentation saine. «L’IA peut établir des règles absolues qui deviennent des dogmes. Cela peut aggraver des troubles du comportement alimentaire», met en garde Boutron-Ruault. Les systèmes d’IA, bien qu’efficaces pour manipuler des données, échouent à prendre en compte des nuances émotionnelles. «Ils ignorent complètement le vécu personnel, ce qui est crucial, en particulier pour ceux qui luttent contre l'obésité», ajoute-t-elle.
De plus, l’IA n’offre ni encouragements ni félicitations. «Pour l’instant, elle ne pourra jamais remplacer un professionnel de santé qui comprend les complexités en jeu et peut offrir des conseils adaptés», conclut la spécialiste.







